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Retour après l’atelier Ecriture et conte, à Pénestin

Jeudi 24 avril 2014

 

Je me suis réveillée, ce matin, après une nuit superbe, dans ma chambre Ariane Mnouchkine, ma chambre de stage où j’ai été si bien. Il faisait doux, la pluie de la nuit avait éclairé l’herbe du jardin.

Je me suis réveillée, me disant que c’était fini,

que Sophie était partie depuis hier soir,

que Kyra avait quitté sa maison, ce matin, pour partir en stage ailleurs,

que Claude et Huguette allaient prendre le car pour La Baule,

que j’allais charger ma voiture pour reprendre la route de la Normandie,

et que Christine, avec Linus et Maurice en garde, allait ranger et nettoyer, laver le linge et, peut-être se poser un peu.

 

J’ai repensé à ces jours, à ces heures que nous avons passés ensemble, au travail accompli, aux moments d’effervescence, aux explosions de rire.

J’ai vu et revu votre maison, Kyra et Christine, votre maison de fées, votre maison pleine de richesses, de livres, de sculptures, de tendresse, de douceur, d’humour, avec sa salle accueillante aux fenêtres ouvertes sur la nature, le ciel et les arbres et tous les artistes, acteurs ou auteurs, qui nous visitent dans les chambres.

C’était bien la maison qu’il fallait pour écrire sur le conte, pour nous accueillir, nous les « écrivants » et Sophie, notre animatrice.

 

J’ai revu, par la pensée, ce matin, en me réveillant,

Claude, son sourire, son regard d’enfant émerveillé, ses drôleries, ses textes étonnants, pleins de talent, son nuage, son corbeau et ses Pourquoi ?

Huguette, sage et discrète, pleine d’humour, toujours présente, joyeuse, active, le crayon à la main accompagné de la gomme avec ses feuilles de papier numérotées, ses talents d’écrivain et ses trouvailles, ses dons aussi  d’actrice ou de conteuse. Il faut, maintenant, dire au revoir à Triple œil et Cucu, à Mimi et Martin, aux clochettes accrochées au muguet et aux œufs du panier, à la petite algue et au bigorneau…

Kyra, tendre, attachante, aux yeux bleus transparents, aux talents de conteuse, comme le notait Claude, aux textes pleins de poésie, de lyrisme, de joie enfantine. Il nous faut quitter Mamie Briochetta, monsieur Durand, Minou chat, Diane et j’en oublie…

Et Christine, qui dit ne pas savoir écrire !!! Oh ! Christine, écris, écris, tu as tant de talent, un de plus car tu en as déjà beaucoup d’autres.

Je vais laisser, moi, sur le papier, mon petit homme, Jean, Jean le petit, entièrement recréé, grâce à Sophie, devenu, grâce à elle, personnage de conte, personnage à multiples facettes…

Et nous quittons Sophie, « notre » Sophie, si présente, si active, sérieuse et drôle, au rire qui éclate, par ci, par là, très professionnelle mais aussi tendre, si proche, bouleversante quand elle dit un conte, avec ses yeux si vivants, ses gestes justes et multiples et son visage imprégné d’intériorité quand elle joue du violon.

 

Merci à vous tous,

Merci à toi Sophie, pour ce que tu nous as apporté, pour les suggestions et idées :

La soirée d’écriture en bord de mer,

La soirée de lectures, au Bateau livre.

Quelle chance avons-nous eue de terminer ces journées par cette soirée !

Merci pour les contes que tu as dits, pour nous, devant nous.

Merci pour toutes les richesses que nous remportons, grâce à toi.

Merci d’avoir illuminé nos journées.

 

Et, bien sûr, à nouveau, merci à Kyra et Christine, pour leur accueil, leur présence souriante, prévenante et chaleureuse, sans parler de la cuisine, du thé, du café, de la brioche, du feu dans la cheminée et de leurs attentions de tous les instants.

 

Il reste une chose encore à dire : c’est le plaisir que nous aurons, c’est certain, à revenir, à vous retrouver.

Continuez votre chemin, vous l’avez bien imaginé, vous avez bien commencé et vous allez encore, c’est sûr, trouver plein de merveilles.

 

Micheline

 

 

 

  1. Un soir d'été au Parmelan
    Air électrique
    Lapiaz chauffés à blanc
    Sens en suspens
    Je regarde le monde prendre naissance dans toutes les directions
    Muriel

 

Arc en ciel

 

C’était le matin

A Pénestin

Il s’étalait

Nous regardait,

Fascinée

Je le voyais    

Un arc en ciel

Quelle merveille

Dans un jardin

Le matin

 

Puis je partis

Tout esbaudie

La pluie tomba

Elle me gela

Mais dans le ciel

Autre merveille

Un arc en ciel

Pour mon éveil

 

Vers Rennes

Un arc en ciel

Au Mont St Michel

Un arc en ciel

Et aujourd’hui

En Normandie

C’est le matin

Dans mon jardin

Et dans mon ciel

Un arc en ciel !

 

Kyra, Christine

Et Micheline

De la Bretagne

A la Normandie

Le ciel nous relie

L’arc en ciel l’a dit

Ecriture

Et lecture

Emotion

Et chanson

 

D’un lieu à l’autre

D’un être à l’autre

Tout en tension

Et émotion

Un fil nous appelle

C’est un fil du ciel

Du bonheur

Pour nos coeurs       Micheline  Hecquard             Le 30 octobre 2013

C’était beau, c’était grand, c’était fini, dit Victor Hugo.

Pour moi, c’était infini, sans limites,

Ce n’était pas fini,

Ce n’était pas terminé,

C’était sans fin,

Quoi ? Une fête ? Un bonheur ? Une rencontre ?

 

C’était splendide

Des ors, des rouges, des jaunes, du blanc, de l’argent…

De la musique, de la poésie, de la chaleur, des baisers, des rencontres, des promesses, des tendresses

 

C’était étincelant

Tout brillait, y compris les flammes frétillantes sur les cierges, les bougies..

Les rouges, les ors des vêtements du prêtre explosaient, envoyaient leurs rayons vers le monde rassemblé,

Les blancs étincelaient

Et les sourires, et les yeux, les regards chauds, attendris,

Un courant passait de l’un à l’autre,

Sourires des parents vers les enfants

Sourires pleins de promesse des jeunes mariés

Regards profonds

Regards d’avenir

 

C’était superbe

Une belle cérémonie !

Disaient les participants, les spectateurs

Un grand moment disaient d’autres

Quelle intensité ! disaient les parents

Quelle beauté !

 

Ils se sont regardés,

Ils se sont embrassés,

Ils se sont tournés face au public,

Ils se sont tenus par le bras, pour faire face aux autres

Au monde

A leur avenir, leur espérance

Forts de leur joie, de leur confiance, de leur certitude.

 

Et le soir…

 

Micheline Mai 2013


Cher David,

 

Je viens de passer ma dernière nuit chez Séraphine.

C'est le nom donné à la chambre où j'ai dormi pendant ces cinq jours.

Merveilleuse chambre empreinte de la personnalité de Séraphine de Senlis.

Tu te souviens, nous avions vu le film ensemble à Utopia, il y a un an ou deux.

L'une de nos deux amies -hôtesses, Christine, a peint un des murs de la chambre en s'inspirant de ces fleurs si caractéristiques de Séraphine.

Et chaque matin, en ouvrant les yeux, je voyais au dessus de ma tête ce vaste bouquet se détachant sur le mur bleu-océan!

 

La semaine s'est écoulée à toute vitesse. Entre balades sur le sentier côtier qui se faufile entre falaises, sous-bois, genêts et plages, et  nos ateliers d'écriture réguliers, deux heures chaque jour avec Kyra, animatrice de chez Bing, dont je t'ai parlé.

Un jour de pluie, nous avons remplacé le chemin côtier par la visite de la Roche Bernard – Un petit bourg assez joli, où en ce jour de 1er Mai  quelques boutiques d'artisans étaient ouvertes (Nous avons vu un souffleur de verre).

 

A cet emploi du temps déjà bien rempli s'est ajouté, pour deux d'entre nous (Florence et moi), un « atelier sculpture »  avec Christine .

Je suis ravie de ce que j'ai pu faire en 4x 2 heures.

Figure-toi qu'enfin j'ai pu réaliser la copie d'un de ces petits Carpeaux que nous avions vus au musée de Valenciennes et que j'aime tant.

Tu verras, j'en suis vraiment contente.

 

Nous avons aussi merveilleusement mangé ( trop !! mais c'était délicieux) nos  

hôtesses sont des cuisinières hors pair.

Le temps a été un peu frisquet, rien de catastrophique.

 

Je t'embrasse.

 

Sylvie mai 2013

 

Vendredi 3 mai 2013

 

Voilà 5 jours que je suis à Pénestin. Ce soir, je vais reprendre le train et rentrer chez nous. Je sais que je te raconterai mon séjour devant l’écran de l’ordi et les 345 photos que j’ai faites ici. Suivant son habitude, mon appareil a bien travaillé. Il faut avouer que la région est magnifique. Et la lumière sublime tous les paysages.

Nous ne sommes jamais venus ici ensemble. J’aimerais t’y emmener, un jour. 

Nous irons à la plage de La Mine d’Or où les falaises, qui la surplombent, sont éclatantes. Des remparts ocre où, siècle après siècle, le fer dessine ses veines rouges. L’odeur des ajoncs en fleurs nous saoulera. Le parfum de l’océan nous grisera. 

Nous marcherons de la plage de La Source jusqu’à l’estuaire de La Vilaine balayé par les vents. Tu verras les bouchots, par milliers, debout dans l’océan comme une armée de soldats ; des tracteurs, usés de rouille, rongés de sel, qui font leur travail sans gémir. Etourdis, fatigués, nous nous arrêterons au Bateau-livre. Dans le calme de cette librairie-bar, nous prendrons le temps.

Ici, le temps est autrement. Il se plie à notre volonté.

Un jour, de pluie ou d’envie, nous irons manger des crêpes à La Roche-Bernard. Ensuite, il faut absolument aller boire le café chez Hélène dans son bar en bazar, un peu à la manière de la maison de Pierre Lotti, mais, en plus farfelu et beaucoup plus foutoir.

Nous traînerons à Pont-Mahé, les yeux entre eau et sable. Toi, à la recherche du coquillage. Moi, traquant les oiseaux. Ce pays en est riche. Les mouettes ont l’élégance des danseuses, le ciel est leur théâtre. J’ai admiré longtemps, les becs fins que les barges rousses et les courlis cendrés enfoncent dans le sable, en quête de nourriture.

Il se peut qu’un cheval croise notre route. Il faudra s’arrêter et s’émerveiller des étincelles d’eau que son galop soulève. Ecouter le bruit de ses pas qui fait reculer le vent ; celui de ses sabots qui claque la plage durcie par la marée.

Et l’horizon ! Tu sais ma passion pour cette ligne lointaine. Je me suis perdue là-bas de nombreuses fois. La prochaine, j’aimerais que tu sois à mes côtés pour nous y promener.

Je ne t’ai pas parlé de la maison de Kira et Christine. Je t’en dirai plus devant l’écran. Je te dirai le nom des chambres, le mur d’expression et la bonne cuisine. Je te raconterai l’histoire de Linus et Maurice, animaux du hasard. Mais ce n’est pas le plus important. Le plus important, c’est l’accueil qu’elles nous ont réservé, un vrai bonbon en sucre et autres douceurs. Christine a su me conduire dans ma découverte du travail de la terre. Kira a réouvert les vannes de l’écriture. Production intense et riche, en sourire et sans stress.

Je vais partir ce soir en souhaitant revenir.

Il est temps pour moi de mettre un point final à cette lettre : je dois obéir à la consigne de Kira.

Je vole quelques secondes pour t’embrasser.

©Florence

 

Il faut vider

 

Lorsque la poubelle est pleine, il faut la vider.

On a appuyé, tassé, compressé les déchets. On pose sa main à plat sur ce qui couronne la pile de détritus : on choisit une chose sèche et propre, un prospectus ou un morceau d’emballage. Une boîte de conserve peut faire l’affaire à condition qu’elle soit bien sèche. Les choses molles, coulantes ou grasses se trouvent en dessous. Elles se laissent aplatir pour surgir de nouveau aux angles, escalader les faces nord et sud de la poubelle. C’est le signal, si le contenant vomit son trop-plein, il faut vider !

On défait l’ourlet de plastique noir qui en entoure le col ; on est attentif aux diverses dégoulinures, un peu de yaourt ou de sauce curry d’hier soir. On est habitué aux perfidies de la chose et on les évite en n’utilisant uniquement que le pouce et l’index de chaque main. Le sac monte à hauteur de nez, mais pas trop près cependant par crainte d’odeurs indésirables. Quoique : on sait sa poubelle propre et familière.

« Une poubelle à soi » : c’est un peu soi puisque ce sont nos déchets. Des choses fades mais cependant intimes lâchement abandonnées à l’incinération, des choses refusées, refoulées, mal aimées, des choses malsaines qu’on préfère oublier.

Le sac tourne dans le vide de plusieurs tours de cou. Les déchets sont hermétiquement cachés, digérés. On tire d’un coup sec le cordon orange qui pend au cul du ballon. On l’utilise pour nouer définitivement la gorge comme pour faire taire les secrets. La crasse est là, à l’intérieur d’un ventre bien gonflé, bien fermé, aérophagique.

On est soulagé.

L’épreuve est passée. On décide d’aller déposer les traces de notre vie dans le conteneur. Tout de suite. A cause des chats qui pourraient s’amuser à jouer les affamés, déchirer la baudruche, exhumer de leur tombeau les déchets les plus dégoûtants, le pire étant un reste de purée mélangé à la poudre du thé encore gonflée de son eau et d’où pourrait émerger un pilon de poulet.

Michèle

Avril 2013

Chagrin nocturne

 

Maurice n’avait jamais pensé que cela eût pu exister. Dès qu’il avait été adopté par cette famille, il avait parfaitement compris que ceux-là étaient les plus originaux de la pointe bretonne. Son impression fut confirmée durant les semaines qui suivirent son arrivée durant lesquelles, entre la jatte de lait et les croquettes junior, il vit un arc-en-ciel de couleurs entrer dans la demeure et les miroirs se pencher tendrement pour embrasser les hôtes. Cependant, il n’aurait jamais pu penser que l’énorme tête de cerf accrochée au mur puisse pleurer : de vraies larmes, pures et cristallines qui formaient au sol une flaque limpide.

La première fois que Maurice vit le cerf pleurer, il craignit pour sa santé mentale. Illusion ? Mirage ? Hallucination ? Non. Non, rien que des larmes.

Le cerf ne pleure jamais le jour. Il garde ses larmes pour les heures de la nuit, quand tout le monde dort. Les cerfs ont les larmes pudiques. Mais ce cerf-là avait oublié l’attrait des chats pour la vie nocturne et c’est au retour d’une chasse de minuit que Maurice surprit le cerf en plein émoi.

Que cette grosse chose immobile, dépourvue de souffle et du moindre frémissement puisse ressentir de la tristesse le toucha énormément. Il sauta sur la chaise, puis sur la commode, et debout sur ses deux pattes arrières, il se hissa jusqu’au poil rêche du cerf et se frotta contre lui en ronronnant comme un feu de forge.

 

Michèle, Florence, Sylvie

Avril 2013

Chronique d’un désespoir annoncé

 

Derniers jours de Septembre, les nuits s’allongent dans leur brouillard. Les pas légers des filles réveillent Anne. Quatre petits pieds froids, sous la couverture viennent frôler ses jambes. Anne s’étire.

         Derniers jours de Septembre. Anne gagne des jours. Bientôt, sa meute sera à l’abri.

*

         Premier mardi d’Octobre, la pluie est venue, glacée. Dans la voiture, les corps de ses deux filles sont chauds, serrés près du sien sous la couverture. Une main est accrochée à son cou. Anne s’étire.

         Premier mardi d’Octobre. L’huissier était venu la semaine précédente, gris comme un croquemort. Ils avaient tout pris, sauf la voiture. Il reste des conserves, des biscuits, du jus d’orange. La meute est complète. La meute est à l’abri. Les gens passent sur le trottoir.

*

         Dimanche de Toussaint, il fait encore nuit. Le vent s’est levé. Anne longe le trottoir. Elle voit derrière le pare-brise les filles. Elles dorment encore sous la couverture, leur bonnet enfoncé jusqu’au nez.

         Dimanche de Toussaint, Anne glisse ses pieds froids sous les lainages. Elle a trouvé du pain. Dans une poubelle. La meute claque des dents.

*

Septième jour de Novembre, la voiture ne démarre plus. Dans sa coque givrée, Anne démêle les corps tièdes. Toutes les feuilles des platanes sont tombées d’un seul coup.

         Septième jour de Novembre, Anne a tendu la main. On y a déposé un croissant. Les filles ne parlent plus. Elles grignotent.

*

         Deuxième jeudi de Novembre, rien d’autre que du froid. Le ciel est blanc. Les pieds d’Anne tricotent des histoires sous la couverture. Les mains se rejoignent, se réchauffent entre les cuisses. Anne n’a plus rien à donner. Anne n’a plus rien. 

         Ils étaient venus la trouver. Ils lui avaient dit : « c’est mieux pour vos filles ». Elle avait répondu oui. Juste attendu qu’elles soient endormies pour ne pas entendre les pleurs.

         Deuxième jeudi de Novembre, la meute a quitté l’abri. Anne est seule, avec le froid, sous son carton humide, sur le trottoir de la rue de la Gaité.

 

Michèle

Mai 2013

La porte

 

Elle est grande, elle est haute, serrée entre deux murs de pierre, elle s’abrite sous un auvent de zinc

Elle a des vitres et vous regarde avec ses yeux rectangulaires ; quelquefois, elle en ouvre un pour respirer l’air extérieur.

Par moments, elle s’ouvre largement mais elle a du mal, elle soupire, elle crie un peu, elle a de vieilles douleurs, ça tire, ça coince, ça grince..

Puis elle se range, se ramasse dans ses feuillures, se fait toute sage.

Elle se regarde, elle est encore jeune, un peu terne, battue par des pluies nombreuses, par les vents marins.

Elle vous regarde, vous croyez qu’elle ne voit rien mais vous vous trompez, elle vous voit, elle vous voit depuis au moins deux siècles.

Et elle est là, paisible, solide, stable, égale à elle-même, apparemment absente et si présente. Solide avec son bois épais, sa peinture qui a perdu son brillant.

Elle voit tout, regarde avec  ses grands yeux un peu opaques qui ne voient plus très clair,

Elle participe, à sa manière

Elle enregistre ce qu’elle voit, ce qu’elle entend, et se chauffe à la lumière du soleil.

Témoin, amie, confidente sans doute, elle ne vous oubliera jamais.

 

Quelquefois, elle s’ouvre

Dans le passé, c’était peu souvent, elle était le « porte d’entrée », des grands jours, des fêtes, des réceptions, celle des gens importants

Le reste  du temps, soit la plupart du temps, on passait par une autre porte, sur le côté de la maison pour entrer dans la pièce de vie.

Quelquefois donc, elle s’ouvrait

Elle s’ouvrait sur un grand corridor carrelé, grand, long, large, qui menait où ?

Vers le fond de la maison, vers une petite cour fleurie, riche de pervenches et d’hortensias.

Le long du corridor, à droite, un mur peint, à gauche des porte-manteaux, une multitude de porte-manteaux, sur des mètres et des mètres.

Au plafond, un luminaire en verre, à l’ancienne, un verre ciselé.  Il en tombait une lumière terne, qui faisait apparaître un espace sombre, sans fin, au fond duquel on imaginait, plus qu’on ne voyait, un grand escalier en bois foncé.

 

Un jour récent, je vins, je revins regarder ces lieux qui m’étaient chers et je m’approchai de la porte, toujours ocre jaune, fermée.

Je frappai…

La porte allait-elle s’ouvrir ?

Y avait-il quelqu’un ?

J’attendis, je n’entendais aucun bruit puis…la porte s’ouvrit.

Déjà, pendant qu’elle s’ouvrait, j’entendais l’Apassionnata, douce à mon oreille, mais l’ouverture s’agrandit et un homme jeune apparut. Nous échangeâmes un bonjour. Je lui dis qui j’étais et pourquoi je venais.

J’étais étonnée, je n’avais vu, là, pendant des années, que des personnes âgées, calmes tranquilles. La musique, surtout la musique classique,  n’habitait pas la maison, en particulier aux heures où l’on travaille. Et là, en pleine journée, à 11h du matin, la musique habitait la maison. Surprise, étonnement, plaisir, émotion…cet homme jeune, face à moi, me regarde, me sourit, m’invite à entrer.

Oh ! Les lieux ont changé…Où est le grand corridor ? Il a été fondu dans une pièce ouverte, lumineuse, confortable.

L’homme me regarde, constate mon étonnement, mon émotion, m’invite à m’asseoir.

Je regarde autour de moi, je découvre ces lieux que je connaissais si bien et qui ont changé.

Et cet homme souriant m’explique qu’il vit là depuis quelques années, qu’il est professeur de golf, qu’il va partir travailler ailleurs mais qu’il gardera ce lieu qu’il aime, qu’il l’organisera en lieu d’accueil, avec des chambres d’hôtes, pour qu’on découvre, qu’on admire, qu’on aime cet endroit.

Je vais le quitter, je le quitte émue, touchée. Quelque chose est passé entre nous, je suis heureuse, j’ai retrouvé un lieu, j’ai ressenti de la joie, un amour, une pérennité et…il y aura encore un avenir.

 

Micheline Mai 2013

 

 

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